Le MuCEM, un phare dans l’Euroméditerranée

Le MuCEM, un phare dans l’Euroméditerranée

L’entrée dans le Vieux-Port de Marseille a perdu cette tristesse que provoquait le fort Saint-Jean, monument déglingué par l’explosion des stocks de munitions allemands sous les bombes alliées en août 1944. Le bâtiment, aujourd’hui magnifiquement restauré, n’est plus le premier édifice qu’on aperçoit à bâbord. Le J4, navire amiral du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, ou MuCEM, dessiné par Rudy Ricciotti, enfant terrible de l’architecture française, est un long rectangle sombre, étrangement craquelé.

MuCEM

Le J4 porte le nom de ce quai mythique sur lequel il est ancré. Il fait face aux paquebots en provenance du Maghreb et de toute la Méditerranée qui viennent toujours s’amarrer à la jetée numéro 4. A son approche, les détails se précisent, qui adoucissent la sévérité de sa forme strictement géométrique. Les craquelures laissent la place à un manteau de maille grise, vêtement où on lit des graphismes multiples.

Le MuCEM, qui rassemble le J4, le fort Saint-Jean restauré et le CCR, consacré aux réserves, est un projet qui remonte à une quinzaine d’années. « Il fut élaboré par Michel Colardel, alors directeur du Musée national des arts et traditions populaires [ATP], à Paris, qui réfléchissait à l’hypothèse d’élargir le propos à des comparaisons internationales, et non plus de s’en tenir à la France du XIXe et à la première moitié du XXe siècle », précise Bruno Suzzarelli, président de l’établissement public.

Vocation pluridisciplinaire

S’il est l’héritier des collections des ATP, fortes d’un millier d’objets et documents, « le MuCEM n’est pas un musée ethnologique, mais un musée de civilisation, de multiplicité des regards et des approches (historique, anthropologique, artistique), que nous sommes à même de montrer dès son ouverture au public, vendredi 7 juin », insiste Bruno Suzzarelli. Une vocation pluridisciplinaire qui s’exprime au travers des expositions mises en place. Dans le fort, le volet ethnologique raconte l’avènement des loisirs en France avec la fête foraine, les marionnettes, le cirque…

MuCEM

Le J4 fonctionne comme un véritable centre culturel doublé d’un musée ambitieux. La Galerie de la Méditerranée, exposition permanente, introduit les grandes civilisations et les progrès qui ont accompagné l’évolution des sociétés. Deux expositions temporaires décryptent l’histoire récente et les phénomènes sociaux.

Initiative de la région

S’ajoute un programme culturel très dense, cinéma, rencontres, débats, concerts… Signal le plus visible de l’arsenal festif et culturel architectural mis en place par Marseille, capitale culturelle de l’année 2013, le bâtiment de Rudy Ricciotti regarde vers la mer. Il est flanqué sur sa gauche par un édifice blanc, la Villa Méditerranée, sorte de double au ventre creux, assez satisfait et pimpant.

MuCEM

Les deux édifices n’avaient pas vocation à se tutoyer de la sorte. Initiative de la région, l’édifice se propose elle aussi d’animer les rives de la Méditerranée, avec un centre de conférences sous-marin, façon Jules Verne. Dû à Stefano Boeri, architecte milanais, c’est un bâtiment qui montre ses muscles à défaut de faire preuve de subtilité.

Monuments réhabilités

Le J4 se prolonge dans les ruelles du fort Saint-Jean, auquel il est relié par une passerelle de Ricciotti aux formes aéronautiques. Le fort se jette à son tour par une passerelle dans le quartier du Panier. Ce dernier, site de la première colonie grecque Massalia, est redevenu un centre pour Marseille avec ses monuments réhabilités. Ainsi la Vieille Charité, chef-d’oeuvre de Pierre Puget (1670), restauré en 1986, et qui héberge depuis bon nombre d’institutions culturelles.

Même chose pour l’Hôtel-Dieu, qui a fait de ses vieilles coursives un hôtel cinq étoiles. Et au pied du Panier, la station sanitaire maritime, bâtiment prophylactique construit après la guerre et notamment conçu par l’illustre Fernand Pouillon, se voit reconvertie en Musée Regards de Provence, charmante extension picturale du MuCEM.

Ensemble néo-moderne

C’est au-delà du Panier, dans le quartier de la Belle-de-Mai, qu’a été construit le Centre de conservation et de ressources (CCR) du MuCEM, selon les plans de l’architecte Corinne Vezzoni. Un ensemble néomoderne de 13 000 m2 que jouxte l’immense ensemble de la Friche de la Belle-de-Mai, anciennes manufactures de tabac de la Seita. Matthieu Poitevin s’est attaqué avec vaillance et pertinence à ce dédale ingrat de béton, le soumettant à autant de violence rugueuse que Ricciotti a déployé de douceur pour faire parler le ciment du MuCEM.

MuCEM

Marseille a inscrit ses projets culturels dans la logique d’Euroméditerranée. Un gigantesque projet urbain qui redessine depuis bientôt vingt ans les 480 hectares du coeur de la ville. Ni vu ni connu, le MuCEM se trouve en être le projet phare.

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Publié par Jérôme

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